Rénovation énergétique : passer d’une méthode précaire et bancale à une logique bancaire et durable

En avril 2026, l’un de nos clients attend toujours le règlement de ses CEE. Devis signé en 2022 sous le régime de la BAR-TH-164, supprimée en janvier 2024. Les travaux sont conformes et achevés. Résultat : un passage de E à B sur une maison construite au 19e siècle. Pourtant, le blocage persiste pour des motifs administratifs sans aucun lien avec la réalité du chantier.

Ce n’est pas un cas isolé. C’est un symptôme.

Celui d’un modèle à bout de souffle : des aides publiques intermittentes, des guichets opaques, des stop & go budgétaires répétés. Au final, une méfiance profonde s’est installée — chez les professionnels comme chez les particuliers. En 2022, nous alertions sur la fiabilité du DPE. En janvier 2025, sur l’addiction structurelle de la rénovation énergétique aux aides publiques. Aujourd’hui, avec la création de Crédifix, nous passons des constats aux propositions.

Voici donc trois réformes pour sortir la rénovation énergétique de l’impasse — et passer enfin d’une méthode bancale à une logique bancaire.

L’essentiel à retenir :
Proposition 1 — Supprimer les aides directes pour les mono-propriétés, en confiant l’accompagnement des ménages modestes à la CAF.
Proposition 2 — Créer un taux d’usure climatique intégrant le coût énergétique du logement dans le calcul du TAEG.
Proposition 3 — Transformer l’éco-PTZ en éco-PTZ+ : 150 000€, 25 ans, taux à 0%, périmètre élargi.

Sommaire


Proposition 1 — En finir avec les aides directes : une nécessité, pas un abandon

Les effets pervers des aides directes

Les aides publiques à la rénovation énergétique ont eu le mérite d’exister. Elles ont sensibilisé, amorcé, enclenché. Mais elles ont aussi produit des effets pervers que l’on ne peut plus ignorer.

MaPrimeRénov’ a financé massivement des rénovations mono-gestes — un panneau solaire ici, une pompe à chaleur là — sans jamais traiter les causes structurelles de la déperdition énergétique. Par ailleurs, les CEE, payés en réalité par les consommateurs via leurs factures d’énergie, ont alimenté un système propice aux abus. Et les stop & go administratifs répétés ont fini par tuer la confiance — côté professionnels comme côté particuliers.

Pire encore : en subventionnant massivement le mono-geste, ces dispositifs ont provoqué une inflation artificielle du coût des travaux. Ils ont aussi ouvert grand la porte aux arnaques. Les offres à 1€ en sont l’exemple le plus emblématique — PAC, isolation, rénovation globale. Des milliers de ménages modestes démarchés, des travaux bâclés, une facture finale portée par le contribuable.

Résultat : malgré des milliards engagés, le parc immobilier français se transforme au rythme de quelques milliers de rénovations globales et performantes. Or il en faudrait plusieurs centaines de milliers visant les étiquettes A ou B.

Notre proposition est tranchée : supprimer les aides directes pour les maisons individuelles et les immeubles en mono-propriété, et concentrer l’effort public sur les copropriétés. La logique est simple. Une rénovation globale en copropriété améliore simultanément les conditions de vie d’un grand nombre de citoyens — elle justifie donc un effort public massif, stable et assumé. Pour les mono-propriétés, il existe un levier bien plus efficace et bien moins coûteux pour les finances publiques : le financement bancaire.

Le mécanisme CAF (Caisse d’Allocations Familiales) : emprunter plutôt que subventionner

Et les ménages modestes ? Ils ne seraient pas abandonnés — bien au contraire. Mais plutôt que de leur verser des subventions directes mal calibrées et sources d’arnaques, nous proposons un principe simple : un ménage modeste a lui aussi le droit d’emprunter comme tout le monde.

C’est ici qu’intervient la CAF. En tant qu’organisme dont l’une des missions est de compenser les inégalités, la CAF pourrait prendre en charge tout ou partie des mensualités d’un prêt à taux zéro. Une subvention opaque deviendrait ainsi un accompagnement social lisible, ciblé et traçable — adossé à un résultat mesuré plutôt qu’à une promesse de travaux. Les modalités précises — quotité, durée, mécanisme juridique — relèvent d’un cadrage législatif. Le principe, lui, est simple : un ménage modeste a le droit d’emprunter comme tout le monde, et la collectivité peut l’y aider sans bureaucratie ni arnaques. La CAF sait déjà traiter des problèmes complexes en tant que tiers de confiance — c’est précisément le rôle qu’elle joue dans le mécanisme des pensions alimentaires impayées. Sécuriser le remboursement d’un prêt à taux zéro ? Pour elle, ce serait simple.

Selon l’ONPE, 3,1 millions de ménages étaient en situation de précarité énergétique en 2023. 1,2 million ont subi une coupure d’énergie pour impayés en 2024 — soit une hausse de 24% en un an.

Ces ménages ne peuvent pas attendre. Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une aide ponctuelle vouée à disparaître au prochain arbitrage budgétaire. C’est d’un logement durablement performant, financé dans un cadre stable et sécurisé.


Proposition 2 — Le coût énergétique d’un logement est un crédit déguisé

Comment fonctionnerait le taux d’usure climatique ?

Quand une banque analyse la capacité d’endettement d’un emprunteur, elle prend en compte ses revenus, ses charges fixes, ses crédits en cours. Elle vérifie ensuite que l’ensemble ne dépasse pas 35% de ses ressources. Un crédit voiture de 150€ par mois entre dans ce calcul. Le dernier iPhone aussi, s’il est financé à crédit.

Mais la facture énergétique du logement financé ? Jamais.

Pourtant, pour un ménage qui achète une passoire thermique, cette facture peut représenter plusieurs centaines d’euros par mois. C’est une charge réelle, récurrente, inévitable. Et totalement invisible dans le calcul du taux d’endettement.

Notre proposition : créer un taux d’usure climatique, fixé trimestriellement par la Banque de France. Ce modèle s’inspire du taux d’usure qui protège déjà les emprunteurs. Concrètement, ce taux intégrerait dans le calcul du TAEG le coût énergétique estimé du logement financé, fixé conventionnellement à partir de la note du DPE. Ainsi, plutôt que de chercher à cacher une mauvaise note, l’emprunteur aurait tout intérêt à la faire constater — puisqu’elle lui ouvrirait automatiquement l’accès à un financement avantageux : l’éco-PTZ+, que nous détaillons dans la proposition suivante.

Le taux d’usure climatique retourne la logique du DPE : plutôt que de cacher une mauvaise note, l’emprunteur a tout intérêt à la faire constater — elle lui ouvre l’accès à un financement avantageux.

Une boucle vertueuse et auto-régulatrice

L’élégance de ce dispositif tient dans sa logique auto-régulatrice : plus le bien est énergivore, plus le déclenchement est automatique. Et les travaux financés réduisent mécaniquement la facture énergétique — ce qui fait repasser le ménage sous le seuil de la précarité énergétique. Une boucle vertueuse, intégrée dès la décision de financement, sans rupture dans le parcours de crédit. Ce dispositif stimulerait également une activité économique non délocalisable. Celle-ci générerait des rentrées fiscales — TVA, cotisations, impôt sur les bénéfices — qui compenseraient le coût public du dispositif. Sans oublier les externalités positives de la réduction de la précarité énergétique : moins de ménages en impayés, moins de coupures, moins de dépenses de santé liées au froid, moins de charges pour les services sociaux.

Autre avantage décisif : ce dispositif est objectif et universel. Il dépend d’un taux, fixé par une institution indépendante, sur la base de critères transparents.


Proposition 3 — L’éco-PTZ+ : enfin un outil à la hauteur de l’ambition

Les limites de l’éco-PTZ actuel

L’éco-PTZ existe depuis 2009. En seize ans, son plafond n’a jamais dépassé 50 000€ — soit la moitié, parfois le tiers, du coût réel d’une rénovation globale et performante. Sa durée maximale de 20 ans génère des mensualités trop élevées pour les ménages les plus modestes. Et son périmètre exclut des travaux structurels pourtant indissociables d’une rénovation durable.

C’est un outil conçu pour une époque où l’on pensait encore que le mono-geste suffisait. Il faut donc le transformer en profondeur.

Les six caractéristiques de l’éco-PTZ+

Nous proposons l’éco-PTZ+, avec les caractéristiques suivantes :

150 000€ maximum. Pour financer enfin des rénovations réellement globales et performantes, et pour sortir de la logique du reste à charge après versement des subventions.

25 ans maximum. Pour rendre les mensualités accessibles au plus grand nombre et aligner la durée du prêt avec l’horizon temporel réel d’un projet de rénovation ambitieux.

Taux à 0%. Concrètement, c’est l’État qui compense les intérêts auprès des banques — exactement comme il le fait déjà pour d’autres financements à taux zéro. Pour un prêt de 150 000€ sur 25 ans, à un taux de 3% par an par exemple, cela représente environ 63 000€ d’intérêts, compensés sous forme de crédit d’impôt étalé sur 5 ans, soit environ 12 600€ par an. En face, selon une étude ONPE/France Stratégie de mars 2022, le coût social d’une passoire thermique non rénovée est estimé à 7 500€ par an — santé, bien-être, mortalité. Pour cet exemple, le retour sur investissement pour l’État serait d’environ huit ans. Au-delà, c’est de l’économie nette pour la collectivité — pendant encore dix-sept ans.

Périmètre élargi aux travaux structurels. Une rénovation globale ne se limite pas à l’isolation et au système de chauffage. Pour les maisons exposées au retrait-gonflement des argiles — phénomène en forte progression sous l’effet du changement climatique — des travaux de fondations s’imposent. Ils sont nécessaires pour garantir la pérennité de la rénovation énergétique. Financer l’isolation d’un bâtiment dont les fondations sont fragilisées serait absurde. De même, l’installation de panneaux photovoltaïques permet au ménage de produire et consommer sa propre électricité — réduisant d’autant sa facture énergétique, et donc sa dépendance au réseau. L’éco-PTZ+ doit pouvoir couvrir l’ensemble de ces travaux structurels et énergétiques indissociables.

Déclenchement conditionné au taux d’usure climatique. L’éco-PTZ+ ne s’active que lorsque le coût énergétique estimé du bien fait franchir le seuil fixé par la Banque de France. Ce conditionnement garantit que le dispositif est utilisé là où il est réellement nécessaire — et seulement là.

Compatibilité totale avec d’autres financements. L’éco-PTZ+ s’articule avec un crédit immobilier classique, un regroupement de crédits hypothécaire, ou tout autre mécanisme de financement. Il s’intègre dans le parcours de crédit sans le remplacer ni le complexifier.

En résumé, l’éco-PTZ+ c’est :
150 000€ maximum — contre 50 000€ aujourd’hui
25 ans de remboursement — contre 20 ans aujourd’hui
Taux à 0% — garanti par l’État
Périmètre élargi aux travaux structurels et aux panneaux photovoltaïques
Déclenchement automatique via le taux d’usure climatique

Un système cohérent — et une infrastructure pour ne pas attendre

Crédifix : construire dès aujourd’hui l’infrastructure de demain

Ces trois propositions ne sont pas trois mesures indépendantes. Elles forment un système.

Le taux d’usure climatique est le déclencheur. Il fait entrer dans le calcul du crédit ce que le marché refuse de voir : une passoire thermique, c’est déjà une dette — silencieuse, mensuelle, inévitable. Dès que le seuil est franchi, le financement s’ouvre. Aucun formulaire. Aucun guichet. La mécanique se substitue à la bureaucratie.

L’éco-PTZ+ est la réponse. Il fournit le financement nécessaire pour atteindre la performance, dans des conditions accessibles au plus grand nombre. Le taux à 0% est compensé par l’État auprès des banques, et le dispositif est adossé à un résultat mesurable.

La fin des aides directes pour les mono-propriétés libère enfin les ressources publiques. Celles-ci peuvent alors se concentrer là où elles sont le plus efficaces : les copropriétés, et l’accompagnement social des ménages les plus fragiles — via la prise en charge de leurs mensualités par la CAF, comme détaillé dans la proposition 1.

Ces réformes appellent un portage politique que nous espérons voir émerger. Mais nous n’attendons pas — et nous ne partons pas de rien. Ces propositions sont le fruit de plusieurs années de pratique terrain. Le taux d’usure climatique, nous le défendions déjà en 2022. Crédifix en est l’aboutissement : une certification bancaire de la rénovation bas carbone, construite pour rendre la performance environnementale des biens financés mesurable, vérifiable et suivie dans le temps.

C’est ainsi que les banques deviendront les actrices principales de la transition écologique du parc immobilier. Pas en attendant une énième réforme. Pas en subissant une contrainte réglementaire. Mais en disposant enfin d’un cadre lisible, traçable et durable — qui transforme la performance environnementale d’un bien en donnée bancaire exploitable.

La rénovation énergétique n’a plus le luxe d’attendre ses réformes. Nous non plus.

Faire de la transaction immobilière le pivot essentiel de la transition énergétique française