Quand la rénovation énergétique déçoit : le paradoxe de l’effet rebond

Les travaux de rénovation énergétique ne conduisent pas toujours aux économies escomptées. Les gains d’efficacité peuvent même, paradoxalement, pousser à une surconsommation d’énergie, si l’on n’adopte pas le bon comportement. C’est le principe de « l’effet rebond » ou « paradoxe de Jevons ». L’effet rebond pourrait réduire les économies d’énergie de 5 à 50 %. De quoi s’agit-il et comment le limiter ? Explications.

Rénovation énergétique : des écarts entre résultats attendus et réalité

Le secteur résidentiel-tertiaire est le deuxième plus gros émetteur de CO2 en France. Face à ce constat, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments est un enjeu politique majeur dans la lutte contre le changement climatique. L’objectif ? Rendre le parc immobilier entièrement économe en énergie à horizon 2050.

En théorie, transformer des logements en bâtiments économes en énergie est possible, en réalisant les bons travaux. Isolation des combles, de la toiture et des parois, remplacement des équipements les plus énergivores, changement des fenêtres, bonne ventilation, ces gestes n’ont de secret pour personne. Pourtant, un fossé existe parfois entre les objectifs et la réalité. Et pour cause, une variable est souvent oubliée : le comportement des ménages, qui limite les économies d’énergie attendues. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond.

Quand améliorer l’efficacité énergétique modifie les comportements … Et nous fait consommer plus !

Plus une ressource est abondante, moins elle coûte cher, et plus elle est consommée. C’est tout le paradoxe de l’efficacité énergétique.

Quand une ressource est rare et coûte cher, cela induit un « effet de sobriété » subi, qui correspond à une limitation de sa consommation. Par exemple, les familles en situation de précarité énergétique qui ne disposent pas de revenus suffisants pour se chauffer réduisent leurs dépenses en surveillant attentivement leur thermomètre. Ils doivent choisir entre manger et se chauffer. Pour ces ménages, l’énergie, bien que nécessaire, est trop coûteuse pour être utilisée dans des proportions normales. C’est ce qui les pousse à limiter volontairement leur consommation, au détriment de leur confort.

On considère d’ailleurs que les premières unités consommées d’une ressource sont souvent les plus utiles. L’utilité est ensuite décroissante. Cette variation d’utilité à chaque nouvelle unité d’une ressource consommée est appelée « utilité marginale ».

Pour mieux illustrer ce concept, prenons l’exemple de l’eau. Boire est un besoin vital. Ainsi, le premier verre d’eau est d’une grande utilité lorsqu’on a soif. Toutefois, le second le sera moins. Ainsi, plus l’eau est abondante et abordable, plus sa valeur diminue, et plus la demande augmente. On ne l’utilise plus pour survivre mais pour remplir la piscine, arroser les plantes, etc. Cela conduit à une situation de surconsommation.

La consommation énergétique suit le même principe que l’eau. Plus l’efficacité énergétique est élevée, moins l’énergie coûte cher. Elle va par conséquent être plus demandée et plus consommée, pour le même prix qu’auparavant. Pour résumer, plus le progrès technique rend la consommation d’une ressource efficace, plus la demande pour cette même ressource augmente.

Le paradoxe de l'effet rebond en rénovation énergétique

Les différentes formes d’effet rebond

L’effet rebond prend différentes formes. On distingue les effets rebonds directs des effets rebonds indirects.

Les effets rebonds directs

Parmi les effets rebonds directs, on distingue :

  • L’effet d’usage : la baisse de prix d’une ressource en augmente la consommation : « Je paye moins cher en électricité. Je consomme donc plus d’électricité, et mes factures ne baissent pas autant que je l’aurais souhaité ».
  • L’effet de substitution : lorsque le prix d’un bien ou d’un service augmente et devient plus cher que d’autres ressources qui lui sont substituables, le consommateur se tourne plus facilement vers les biens dont les prix sont plus bas.

Les effets rebonds indirects

Les effets rebonds indirects regroupent quant à eux :

  • L’effet d’énergie grise (ou énergie intrinsèque). L’énergie grise correspond à l’énergie nécessaire pour produire, transformer, fabriquer, entretenir ou encore recycler un équipement.
  • L’effet de revenus : ce dernier considère que les économies réalisées sur la facture énergétique sont dépensées dans d’autres biens ou services.

Mis bout à bout, ces différents effets rebonds conduisent souvent à une augmentation des émissions malgré les progrès technologiques réalisés. Les gains environnementaux sont pénalisés par l’augmentation des usages.

Le Conseil d’analyse stratégique, à l’origine du rapport « Comment limiter l’effet rebond des politiques d’efficacité énergétique dans le logement ? » estime d’ailleurs que « la moitié de la consommation énergétique du logement dépend des caractéristiques techniques du logement (isolation, efficacité du bâtiment et de l’appareillage) et que l’autre moitié dépend des comportements de consommation ».

Comment limiter l’effet rebond et réaliser une rénovation énergétique efficace ?

Limiter l’effet rebond est loin d’être mission impossible. Pour y parvenir, il est essentiel de compléter le progrès technique par une modification des comportements humains.

  • Des outils de mesure et le suivi des consommations d’énergie avant et après travaux.
  • Des documents de sensibilisation à l’effet rebond à l’issue des chantiers.
  • Des concours locaux récompensant les bonnes pratiques.
  • Des campagnes d’information et de sensibilisation de la population.

Vous l’aurez donc compris, réaliser des travaux constitue une bonne base pour limiter l’impact environnemental de son logement et réussir sa transition énergétique. Pour transformer l’essai, adapter son mode de vie est toutefois essentiel.

Pour aller plus loin : comprendre l’origine de l’effet rebond

L’effet rebond (ou « rebound effect ») a été mis en évidence au XIXème siècle par l’économiste anglais Stanley Jevons dans un contexte d’épuisement rapide des gisements de charbon. En 1980, deux autres économistes (Daniel Khazzoom et Leonard Brookes) constatent que les améliorations de l’efficacité énergétique peuvent conduire à de plus hauts niveaux de consommation d’énergie au niveau macroéconomique. Une théorie économique qui, en 1992, sera reprise par Harry Saunders dans son ouvrage : « The Khazzoom-Brookes postulate and neoclassical growth ».

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