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La ville intelligente, une utopie ?

19 juin 2019


Ces dernières années, de nombreux acteurs ont tenté et tentent encore d’imaginer ce à quoi pourrait ressembler la ville de demain. L’objectif ? Répondre à des enjeux à la fois environnementaux et sociaux. Selon l’ONU, près de 7 personnes sur 10 devraient vivre en ville d’ici 2050, contre à peine la moitié des citoyens aujourd’hui. Face à cette surpopulation, il devient nécessaire et urgent de rendre la ville plus efficace grâce à une optimisation des ressources.

Dans cet article, nous reviendrons sur ce à quoi pourrait ressembler une ville intelligente (ou « Smart City »), puis présenterons quelques pistes de réflexion afin de prendre du recul sur cette notion, à l’origine de nombreux fantasmes.

La ville intelligente, c’est quoi ?

Plusieurs termes ont émergé pour décrire la ville de demain : smart city, ville numérique, green city, ville durable, connected city. Toutes ces expressions, qui renvoient à des différences subtiles, témoignent avant tout des incertitudes existantes et donc de la difficulté à trouver une définition consensuelle. Alors quels sont les terrains d’entente, et comment pourrait-on décrire une ville intelligente (ou smart city) ?

Selon le parlement européen, une ville intelligente est « une ville qui cherche à répondre aux questions d’intérêt général par des solutions numériques, permises grâce à un partenariat entre une multitude d’acteurs ». Ainsi, la ville intelligente serait une ville qui sait tirer profit du numérique pour améliorer sa gestion ainsi que la qualité de vie des citoyens qui y vivent.

Les 6 piliers de la Smart City : le tout « intelligent »

Le concept de ville intelligente repose souvent sur 6 piliers principaux illustrés par l’infographie ci-dessous. Nous allons revenir en détail sur chacun d’entre eux.

Une gouvernance durable

Une ville intelligente est une ville dont la gestion et la gouvernance sont facilitées grâce aux NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Toutefois, des TIC performantes ne suffisent pas à elles seules pour créer une ville « intelligente », et la Smart City n’est pas une course aux meilleures technologies. Ces technologies doivent être utilisées dans le cadre d’une stratégie globale et à long terme dont l’objectif est de planifier et de répondre aux besoins des citoyens pour améliorer leur qualité de vie. Les nouvelles technologies ne doivent pas être vues comme une finalité en soi, mais comme un outil facilitant la gestion et la prise de décision au quotidien.

Les TIC soulèvent bien entendu des questions juridiques que nous rencontrons déjà, notamment quant à la quantité de données qu’elles génèrent et à la bonne utilisation de celles-ci. Qui aura la maîtrise des données ? Pour faire face à ces inquiétudes, la ville de demain devra plus que tout être transparente. Elle devra également être participative et impliquer les citoyens dans son développement et dans ses processus de décision.

Une ouverture des données
Un système de gouvernance transparent, participatif, assisté par les TIC

Un environnement durable

La notion d’environnement durable doit être comprise comme la volonté de maintenir un équilibre dans l’écosystème. La ville intelligente utilise des énergies renouvelables et multiplie les systèmes de production locale (panneaux solaires sur les immeubles, création d’énergie à partir des déchets, recyclage de l’énergie de freinage du métro …) pour s’auto-alimenter. Elle limite également la consommation en énergie des bâtiments en les rénovant et en améliorant leur isolation, faisant même d’un certain nombre d’entre eux des bâtiments à énergie positive. Pour ce qui est de l’eau, sa gestion est optimisée grâce à des réseaux de distribution intelligents (« smart grid ») qui s’assurent que la quantité d’eau transportée corresponde aux besoins réels des habitants. De la même façon, la puissance de l’éclairage varie en fonction de la luminosité extérieure afin d’éviter une consommation d’énergie inutile. La ville intelligente est plus propre : les déchets générés par la ville sont moins nombreux, et surtout recyclés puis valorisés (c’est-à-dire réutilisés à une autre fin). Enfin, la pollution générée est mesurée et contrôlée en continu. Cela permet d’identifier les technologies à risque pour l’environnement et, au contraire, celles qui permettent de réduire l’emprunte carbone.

Des énergies renouvelables
Un niveau de pollution mesuré et contrôlé
Des bâtiments rénovés et économes en énergie
Une gestion de l’eau, des déchets et de l’électricité optimisée

Une approche « centrée citoyens »

Dans la ville intelligente, l’approche des territoires est « centrée citoyens ». Les citoyens sont encouragés à parler et agir, et sont au centre du processus de décision. Ils ne consomment plus passivement les services mis à leur disposition, mais s’informent en continu : leur consommation est donc raisonnée et responsable. Ils passent de consommateurs spectateurs à consom’acteurs (acteurs consommateurs), voire partenaires.

Les citoyens font également preuve de créativité. En interagissant entre eux et en développant des actions communes, ils participent au développement d’une ville durable. Ils procèdent régulièrement à des échanges de biens, de services, ou même à une mutualisation des savoirs et savoir-faire. Pour ce faire, ils s’appuient sur des plateformes en ligne. Les actions individuelles de proximité profitent ainsi à la communauté et à la création de lien social. On pourrait citer l’exemple des jardins partagés, des sites d’échanges de services entre voisins, de BlaBlaCar, ou même des initiatives mettant en relation directe producteurs et consommateurs.

Parallèlement à cela, l’accès à la connaissance est facilité grâce à internet. Ainsi, les citoyens se forment non seulement à l’école mais aussi et surtout tout au long de leur vie grâce notamment aux formations en e-learning. Ils vivent dans un contexte de pluralité culturelle et sociale. De plus, l’évolution rapide et permanente de leur environnement fait qu’ils s’adaptent au changement sans difficulté. Ils sont à la fois flexibles et ouverts d’esprit.

Formation continue en e-learning
Diversité ethnique et sociale
Participation à la vie publique
Flexibilité, créativité et ouverture d’esprit

Une mobilité intelligente

L’efficacité des transports est un point essentiel pour les villes. C’est avec l’apparition du smartphone que la notion de mobilité intelligente s’est vulgarisée. Dans la ville intelligente, les déplacements sont à la fois fiabilisés, sécurisés et optimisés, que ce soit en termes de temps, de budget ou de confort. Ce sont les TIC et les nombreuses applications existantes qui rendent ces évolutions possibles.  Grâce à elles, les gens peuvent facilement déterminer le trajet le plus rapide (ou le moins cher) à un moment T, et combiner plusieurs modes de déplacement comme le train, le métro et le vélo, en fonction des conditions de circulation actuelles. Ils n’achètent plus chaque service individuellement (billet de train, ticket de métro, abonnement vélos libre-service), mais un bouquet de services, des offres « tout-en-un » via une application unique. Les services fusionnent et se complètent (voir MaaS : Mobility as a Service). Lorsqu’ils se déplacent en voiture, les citoyens peuvent bénéficier d’une aide au déplacement pour prévoir leur itinéraire avec précision et obtenir des informations en temps réel sur la circulation. Ils peuvent également identifier et réserver en quelques secondes les places de stationnement libres. Enfin, les transports en commun et les transports doux tels que le vélo sont plus utilisés et mieux acceptés, et les moyens de se déplacer sont plus propres, plus écologiques.

Transport assisté par les TIC
Information sur les conditions de circulation en temps réel

Interconnexion des systèmes Transports propres et écologiques

Un mode de vie intelligent

La ville intelligente accorde une attention toute particulière à la création d’un espace public urbain de qualité propice à la cohésion sociale des habitants. La population doit pouvoir vivre de façon saine dans un environnement à la fois dynamique, harmonieux et riche en diversité. Bien sûr, cet environnement doit rester cohérent dans son ensemble et sécurisé. La ville intelligente doit faciliter le quotidien de chacun : accessibilité et qualité des établissements de santé, proximité entre son lieu de travail, son domicile et ses lieux de loisirs, mise à disposition de logements sains et de qualité, renforcement des circuits courts, création d’espaces verts etc. La notion de mode de vie durable est à rapprocher de celle de bâtiments durables, qui sont à la fois respectueux de l’environnement et confortables pour les individus qui y vivent.

Importance donnée à la sécurité et à la santé
Qualité des logements
Richesse culturelle
Cohésion sociale

Une économie durable

Dans une ville intelligente, l’économie ne se base plus simplement sur l’utilisation des ressources, mais sur la connaissance. Le e-commerce occupe une place importante dans l’économie, et la frontière avec la réalité s’estompe. La productivité des industries et entreprises est améliorée grâce aux nouvelles technologies, et le climat est propice à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Le marché du travail est relativement flexible et ouvert à l’international, tout en accordant une place déterminante à la coopération interrégionale. Enfin, les différents services proposés par les entreprises, toujours plus nombreux, seront probablement centralisés sur des plateformes uniques pour une meilleure coordination et une facilité d’utilisation.

E-business et e-commerce
Haute productivité
Innovation
Usage des TIC dans les industries et les services

Villes intelligentes : à l’origine de nombreux fantasmes ?

La description précédemment faite des villes intelligentes est très optimiste et peut parfois sembler utopiste. C’est d’autant plus vrai que les smart cities n’en sont qu’à leurs débuts en France, rendant la projection difficile. Ainsi, il est nécessaire de prendre du recul. Voici quelques pistes de réflexion, qui ont été proposées par Nam et Pardo (2011) :

Le concept de ville intelligente n’est pas uniquement technologique mais également socio-économique

La technologie à elle seule ne suffit pas à créer une ville intelligente ou innovante, même si elle reste une condition nécessaire. Elle doit être utilisée dans un objectif plus large d’amélioration de la qualité de vie. Ainsi, le terme « intelligent » est prendre au sens littéral : ce qui observe, apprend, comprend, raisonne.

La ville intelligente n’est pas pilotée par un système mais orientée services

La création d’un large système connecté n’est pas une fin en soi : ce système est un outil permettant avant tout de partager l’information et de délivrer des services pour répondre aux besoins de la population.

La ville intelligente est non seulement un phénomène municipal mais également national et mondial

Les grandes métropoles doivent être compétitives sur le marché international et sont en permanence connectées entre elles. Plus que de villes intelligentes, on pourrait parler de territoires intelligents. Ainsi, les innovations développées dans une ville ont un impact à l’échelle nationale et internationale.

Le concept de ville intelligente ne s’applique pas à un unique secteur ou à un type d’organisation mais à une multitude de secteurs.

L’administration, les entreprises, les associations, les actionnaires et les citoyens sont partenaires et construisent ensemble la ville intelligente.

La ville intelligente n’est pas une révolution : c’est une évolution

La ville intelligente a tendance à être présentée comme relativement révolutionnaire, notamment en raison des nombreuses technologies qu’elle implique. Toutefois, elle s’inscrit dans une stratégie de long terme : alors que les technologies connaissent des changements majeurs en très peu de temps, les techniques de management, les lois et les mesures politiques évoluent bien plus lentement. De plus, la ville intelligente ne sera pas créée de toutes pièces : les villes existantes en constitueront la base et seront améliorées, avec toutes les difficultés techniques que cela implique (amélioration des bâtiments existants, hybridation des réseaux etc.). Ainsi, on peut facilement comprendre qu’il n’existera pas une ville intelligente mais de nombreuses villes intelligentes avec des priorités différentes.

La ville intelligente n’est pas le remplacement des structures physiques existantes, il s’agit d’une harmonie entre le monde matériel et virtuel.

Les technologies ont modifié notre perception de l’espace en créant une communauté mondiale, capable de communiquer et d’échanger de nombreuses informations partout dans le monde. Toutefois, l’emplacement géographique et la proximité ont toujours une importance non négligeable dans les modes de vie des populations. Ainsi, Les villes intelligentes ne vont pas faire disparaître les notions de temps et d’espace, mais modifier notre rapport à ceux-ci, en connectant le monde matériel au monde numérique.